16juin2018.info

Info sur Bure

Pour plus d’informations sur la lutte à Bure contre le projet de poubelle d’enfouissement des déchets nucléaires, vous pouvez vous rendre sur la plate-forme des opposant.e.s à Cigéo depuis laquelle vous pourrez vous rediriger vers les différents sites d’informations de la lutte.

Ça se passe par ici : www.stopcigeobure.eu


CONTEXTUALISATION

Le Bois Lejuc est actuellement occupé par l’Andra

Le 22 février 2018, 500 gardes mobiles ont procédé à l’expulsion du Bois Lejuc, détruisant les cabanes et lieux collectifs qui y avaient été construits. Si quelques personnes ont pu le réoccuper quelques jours après, démontrant que ce coup de force était avant tout une opération de communication du gouvernement, l’Andra a rapidement rendu l’accès au Bois très difficile. Alors qu’elle était censée “remettre en état” le bois et promettait de le rendre accessible aux promeneurs, les accès sont maintenant barrés par des blocs de pierre, affublés de panneaux “défense d’entrer” et toute intrusion peut donner lieu à une amende de 500€ par heure ! En outre, l’Andra envisage de reprendre à l’automne les travaux de défrichement du Bois. Rappelons par ailleurs que la propriété de l’Andra sur le Bois Lejuc demeure contestée. En mai 2017, 33 habitant.e.s du village de Mandres-en-Barrois ont déposé un recours pour faire annuler la délibération de leur conseil municipal cédant le Bois à l’Andra. Parmi les conseillers municipaux, un grand nombre se trouvaient en effet en situation de conflit d’intérêt potentiel au regard des liens directs et indirects qu’ils entretenaient avec l’Andra (membres de la famille employés par l’Andra, baux agricoles et bail de chasse délivrés par l’Andra…)

… mais le mouvement reste plus déterminé que jamais

L’année passée n’a pas entamé notre détermination. Certes, les événements se sont succédés : expulsion violente du Bois Lejuc, surveillance accrue des opposant.e.s, condamnation arbitraire de deux militants associatifs et syndicaux pour la chute du mur dans le Bois, multiples convocations… Mais ces péripéties ont finalement largement ouvert le mouvement sur l’extérieur : il en ressort grandi en réflexion comme en nombre. La répression a semé les graines de la révolte, et a ouvert les yeux de beaucoup sur les raisons qui poussent le gouvernement à faire exploser notre lutte : essentiellement, la faiblesse de ses arguments. Au contraire, le réseau anti-Cigéo s’appuie sur un effet bourgeonnant, se démultiplie. En une année, nous avons assisté à la floraison hexagonale du mouvement, à la création de près de 50 comités de soutien, à des centaines d’actions décentralisées de Bure en soutien à la lutte. Malgré des arrêtés préfectoraux liberticides, un week-end de rencontre a pu se tenir les 3 et 4 mars, réunissant des membres de 37 comités locaux de soutien. Des actions de soutien se sont tenues à Paris et Strasbourg le 18 mai, avec l’installation de cabanes dans des arbres face à des lieux emblématiques. La lutte contre la poubelle nucléaire se réorganise, nous nous tournons vers une nouvelle ère !

Le projet Cigéo est toujours contesté sur le plan technique

Depuis plusieurs années, nous mettons en évidence les failles du projet. Loin de constituer un solide coffre-fort étanche, l’argile censée accueillir Cigéo est une roche friable saturée en eau, qui en présence de rayonnements radioactifs produirait constamment de l’hydrogène durant la période d’exploitation. La roche étant non-porteuse, d’importantes structures en acier seraient nécessaires pour soutenir le stockage, qui là encore sous l’effet de réactions chimiques se dégraderaient rapidement tout en produisant de l’hydrogène par corrosion. La charpente de l’installation serait tout aussi bancale que la base. Pour des raisons économiques, d’optimisation des volumes et des espaces, l’Andra a effectué des choix techniques qui altèrent encore un peu plus sa sûreté (comme réduire le nombre d’alvéoles tout en les allongeant, comme opter pour des alvéoles irradiantes qui ne permettront aucune maintenance ou intrusion pour agir sur un accident). Bien que l’Andra se targue d’avoir obtenu une “validation” de son dossier d’option de sûreté, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu le 15 janvier un avis très critique, formulant sur certains points des “réserves” qu’il sera difficile de lever. Citons notamment : – L’impossibilité de prévenir et limiter les risques d’incendie des déchets bitumineux. Le gouvernement a demandé que soit mise en place une expertise internationale sur la possibilité d’un traitement de ces déchets, mais celui-ci pourrait s’avérer impossible à l’échelle industrielle. – Un confinement insuffisant des rejets radioactifs, lié au choix d’architecture du site (alvéoles irradiantes), qui pourrait mener à une contamination en surface. – Des lacunes importantes dans la surveillance du stockage, en phase d’exploitation et après. – La vulnérabilité de l’installation aux agressions, qu’il s’agisse d’un séisme ou d’un incendie souterrain lié aux importants dégagements d’hydrogène. – Enfin, l’Andra est incapable de démontrer qu’il serait possible, en cas d’accident, d’intervenir, de récupérer les déchets ou même de poursuivre le stockage. Le fameux concept de “réversibilité”, mis en avant pour favoriser l’acceptabilité sociale du projet, est donc impossible à mettre en oeuvre. Ces réserves confirment l’impasse technologique du projet ; les différents problèmes étant directement liés aux choix de conception même du stockage, engager de nouvelles recherches complémentaires ne démontrera rien de nouveau. Jamais l’Andra ne pourra apporter la « raisonnable assurance » que toutes les exigences de sûreté seront réunies et un dépôt de la Demande d’Autorisation de Création mi-2019 apparaît profondément illusoire. Nous restons cependant inquiets : après avoir formulé de telles réserves, l’ASN finira-t-elle toutefois, sous la pression des acteurs économiques, par valider Cigéo ? Enfin, signalons que les incertitudes sur la sûreté du projet sont également partagées en interne, au sein de l’Andra. Comme l’ont démontré les travaux de Lény Patinaux, doctorant en sociologie qui a travaillé au contact étroit d’agents de l’Andra, ceux-ci reconnaissent en privé leur incapacité à démontrer la sûreté à long terme du stockage.

Le coût officiel du projet est contestable et contesté

Fin mai 2018, cinq associations (Réseau “Sortir du nucléaire“, France Nature Environnement, BureStop55, Meuse Nature Environnement, MIRABEL-Lorraine Environnement) ont interpellé le gouvernement pour exiger que le coût officiel du projet soit réévalué de manière honnête et transparente. Alors que l’Andra avait évalué ce coût à 34,5 milliards d’euros (chiffre que l’ASN jugeait trop optimiste), Ségolène Royal, alors ministre de l’environnement, l’a fixé en janvier 2016 à 25 milliards d’euros, par complaisance envers EDF, Areva et le CEA, censés provisionner pour la gestion de leurs déchets et confrontés à une situation financière délicate. Le gouvernement a effectué ainsi un compromis qui n’a pas lieu d’être, et qui pourrait valoir à la France une condamnation pour aide d’État. Cette décision, également assumée par l’actuel Ministère de la transition écologique et solidaire, a des conséquences graves au vu de l’inadéquation entre le coût réel du stockage (qui risque de s’accroître au vu de la nécessité de poursuivre les recherches) et les provisions effectivement disponibles, fixées sur la base d’un chiffre sous-estimé et donc insuffisantes. De manière générale, ce choix a déjà mené l’Andra à procéder à des “optimisations” qui ne peuvent que dégrader encore plus la sûreté. Mais il risque surtout de mener à une impasse à très court terme : alors que les provisions ne s’élèvent pour l’instant qu’à 6 milliards d’euros, la “phase pilote” du projet, qui va de pair avec la construction des infrastructures de surface et exigera des dépenses rapides, est chiffrée à 5,7 milliards d’euros. En cas d’explosion des coûts (phénomène prévisible sur un projet de cette ampleur), cette étape risque d’engloutir la totalité des provisions disponibles. Il ne sera alors plus possible de finir le projet… ni de se rabattre sur un plan B si Cigéo s’avère officiellement une impasse. Ce sont alors les contribuables qui seront sollicités pour prendre en charge la gestion de déchets radioactifs qu’ils n’ont jamais demandé à produire.

Concertation

Depuis l’expulsion du Bois Lejuc le 22 février dernier, force est de constater que le gouvernement a perdu les maigres liens qui subsistaient avec l’opposition au projet Cigéo. Si la stratégie assumée du secrétaire d’Etat à la Transition Ecologique Sébastien Lecornu était de segmenter l’opposition avec ses propos tenus le jour même à Bure, et s’il pensait conserver des relations avec la partie dite “légale” du mouvement, il s’avère qu’il n’en est absolument rien. Depuis quelques mois, les relations sont rompues entre l’Etat et les opposant-es à Cigéo, que ce soit avec les Chouettes Hiboux qui ont trouvé refuge à Bure et dans les villages alentours, ou avec les associations dites “historiques” ; qu’il aurait probablement souhaité conserver comme interlocutrices ; ou plutôt comme cautions. Depuis quelques mois, il est vain de vouloir trier et ranger dans des cases rassurantes la multiplicité de l’opposition. C’est là que se situe une faille majeure du gouvernement. Le gouvernement a finalement perdu ses alibis, ceux qu’il ne pourra plus utiliser. En effet, en expulsant les occupant-es du Bois Lejuc, il s’est également coupé des associations qui se sont elles aussi senties expulsées du bois.

Nous pouvons rappeler que l’Eodra avait déclaré en décembre 2017 l’établissement de son siège social dans le Bois Lejuc, les élu-es opposé-es à l’enfouissement des déchets radioactifs attestant de leur soutien certain à une occupation illégale mais avant tout légitime, brouillant les frontières entre les individus que le gouvernement aurait chercher à maintenir. La situation du gouvernement est très inconfortable. Un des plus gros mensonges de Cigéo reposant sur l’illusion du dialogue et de la concertation, comment pourra-t-il faire perdurer la supercherie s’il n’a plus d’opposant-es autour de la table ? Néanmoins, l’Andra poursuit sur le terrain la “concertation locale” qui ne dupe personne, associant autant que possible les habitant-es et les riverain-es à la construction du projet Cigéo sur le territoire, alors même que celui-ci est loin d’être autorisé (le dépôt de la demande d’autorisation de création déjà reculé devrait intervenir en 2019), en dépit de l’impasse technologique dans laquelle il se trouve, malgré le gouffre financier qu’il représente. L’Andra projette également de demander le défrichement de 124 hectares du Bois Lejuc : les premiers travaux de Cigéo auraient donc lieu avant qu’il ne soit potentiellement autorisé. L’encrage de Cigéo sur le territoire se poursuit alors qu’il n’est qu’à l’état de projet : mensonges, manipulations et politiques du fait accompli constituent toujours le cœur des méthodes des gouvernements successifs pour imposer ce projet colossal et décisif pour l’avenir de la filière nucléaire. Comme pour camoufler ses véritables objectifs, rassurer la population et adoucir ses réactions, le gouvernement a même annoncé concomitamment à l’expulsion un nouveau débat public sur le projet Cigéo. Sournoiserie de plus, cette annonce, uniquement rhétorique, est bien loin de la réalité : il s’agit en vérité d’un débat sur le Plan national de gestion des matières radioactifs (PNGDMR) sur lequel nous ne nous faisons aucune illusion sur son périmètre et le contenu en l’état actuel des choses. Tant que l’arrêt du nucléaire ne sera pas envisagé sérieusement, que des alternatives à l’enfouissement qui n’est pas une solution ne seront pas présentées et que l’abandon de Cigéo n’apparaîtra comme une possibilité crédible aux yeux du gouvernement, les conditions du dialogue avec l’opposition à Cigéo ne seront pas réunies. Le gouvernement a perdu le dialogue avec les opposant-es à cigéo, ceux-ci le nouent plus que jamais avec l’ensemble de la population.